Sara Favriau - Spectres 1
Sara Favriau - Spectres 1

Les Résidences d’artistes au sein d’entreprises : Ou la confrontation heureuse et fructueuse de deux Mondes

Même si l’intérêt des entreprises pour les résidences d’artistes ne cesse de s’affirmer, l’intérêt pour ce type de partenariat extrêmement bénéfique pour les deux parties est encore trop méconnu et mérite qu’on s’y attarde : Décryptage.

Juste avant la crise sanitaire le Centre Pompidou avait consacré une première exposition aux œuvres issues de ce mode de collaboration avec les 8 entreprises pilotes et leurs patrons (AXA Grenier, Cdiscount, Ennedi, Neuflize OBC, Orange, SNCF Logistics, TIGF, Tilder) dans le cadre du dispositif Accélérations issu d’un nouveau fonds de dotation lancé par le musée. Serge Lasvignes, son Président, avait formulé le vœu de « dépasser les stéréotypes » lors de l’inauguration. Ce mécénat se poursuit avec d’autres sociétés sur la thématique du temps.

Au premier abord, l’on pourrait croire qu’une rencontre entre deux mondes a priori hétérogènes que sont l’art et l’entreprise serait stérile et le dialogue impossible. Et pourtant, tous deux partagent une double valeur fondatrice : leur faculté à inventer et à innover. C’est win-win.

Ces résidences permettent à l’artiste qui y est accueilli d’effectuer un travail de recherche ou de création, sans obligation de résultat puisque l’entreprise s’engage dès le départ à lui donner une carte blanche. L’artiste restant propriétaire de l’œuvre réalisée in situ, quel avantage pour l’entreprise vous demandez-vous ? Dans la mesure où le lien est établi, l’artiste pourra toujours réaliser et produire d’autres œuvres à l’attention de l’entreprise, c’est pourquoi l’intérêt pour l’entreprise demeure ailleurs.

En effet, les programmes de résidences d’artistes présentent plusieurs avantages pour qui les organise, voire peuvent répondre à des besoins spécifiques à identifier en amont. Tels s’intégrer dans la/une communauté locale, marquer son appui au milieu artistique local, améliorer les expériences de toutes natures relatives à l’entreprise et à son image, la rendant plus moderne et innovante, ouvrir et sensibiliser tant les collaboratrices/collaborateurs que les clients à l’art, incorporer des créations artistiques uniques et inédites au lieu …

Il s’agit donc d’un outil de communication tant externe qu’interne de valorisation de son image, à travers des initiatives relevant d’une démarche sociétale au sens large. Les ressources humaines sont ainsi enrichies par cet outil original de cohésion interne et de réflexion commune sur la place des émotions. L’impact sur le bien-être des collaborateurs et donc de leur productivité est indéniable.

Plus concrètement les résidences peuvent s’effectuer au Siège de l’entreprise, mais aussi dans une usine ou toute autre partie décentralisée. La création y est facilitée par la mise à disposition d’un lieu de création, parfois de vie, et des moyens financiers, techniques et humains.

Toutefois, il faut le dire, sur le terrain cet idéal est souvent bousculé, dans la mesure où les conditions de résidence sont multiples, différentes et inégales quant à l’aide et au soutien apportés aux artistes. il faut donc rester très attentifs.

Mais tous ceux qui y ont goûté s’accordent pour dresser un bilan très positif de cette expérience. L’inévitable confrontation de ces deux mondes, fruit de contacts tantôt convergents, tantôt houleux, amène l’artiste totalement immergé au sein de l’entreprise, à se questionner son travail au regard de son insertion dans le dans le territoire, mais aussi par rapport à l’histoire, l’identité, la géographie et le fonctionnement de l’entité qu’il intègre.

Les entreprises ainsi valorisées ont bien compris leur intérêt et y trouvent aussi largement leur compte. L’artiste prendra en considération dans son processus de création et dans sa présentation, les spécificités de l’entreprise, telles qu’il les aura perçues, parfois, dans ses aspects physiques.  Les projets avec une dimension numérique ou encore éthique ont le vent en poupe. Il s’agit ici d’encourager les innovations incluant les nouvelles technologies

Yellow Over Purple Art advisory peut vous accompagner dans la mise en place de vos résidences d’artistes en vous aidant dans le choix de l’artiste et en assurant le suivi et le bon déroulement du projet jusqu’à son terme. La collaboration s’effectue généralement dans le cadre des projets lancés par le Ministère de l’Économie et des Finances, et le Ministère de la Culture.

Il est important de mentionner Le Carreau du Temple et son antenne PACT(e) familiers de l’exercice et susceptibles d’organiser des résidences d’artistes avec des partenaires sélectionnés pour leur connaissance du processus.

https://www.carreaudutemple.eu/pacte

Pour finir, évoquons les aspects financiers.

Généralement l’artiste est rémunéré sous la forme d’un forfait équivalent à 20 jours travaillés soit environ 3500€/mois, comprenant une bourse de création (versement d’une somme forfaitaire) et d’une aide financière pour les frais de production associés à la résidence, à hauteur maximum de 1500€ sur présentation de justificatifs. Les durées sont variables selon les moyens et objectif des entreprises.

Deux Exemples de Résidences d’artistes :

1/ En 2018, le Cneai a accompagné Sara FAVRIAU pendant 10 mois au sein de La Compagnie Française du Bouton, entreprise pantinoise de 15 salariés qui fabrique artisanalement des boutons et systèmes de fermetures depuis 50 ans. Son attention s’est portée sur la variété et la richesse des matériaux que l’entreprise utilise pour façonner ses boutons ; en les associant elle les transforme en statuette-fétiche ou en ornement.

Résidence portée par le Cneai avec le soutien du Ministère de la Culture – DRAC Ile de France dans le cadre du programme de résidences d’artistes en entreprises « Art et mondes du travail » en partenariat avec le réseau Entreprendre 93.

Sara FAVRIAU est née en 1983, elle vit et travaille à Paris. Elle est représentée par la Galerie Maubert. Sa recherche est une réflexion poétique par l’absurde sur les mécanismes de l’Histoire. Jouant de leurs codes, elle mixe au travers de l’amalgame les différents courants traversés par l’histoire de l’Art. Sara FAVRIAU est lauréate du Prix des Amis du Palais de Tokyo 2015, où elle a bénéficié l’année suivante d’une exposition personnelle « la redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière ». En 2017, elle a exposé au Château du Domaine de Chaumont-sur-Loire et a participé à la Biennale de Bangkok en 2018. Elle est dans les Collections du MAC/VAL et Costes.

https://www.galeriemaubert.com/sara-favriau

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Ile-de-France/Actualites/Actualite-a-la-une/Residences-d-artistes-a-la-Compagnie-Francaise-du-Bouton

2 / Neil Beloufa et la société Eau de Paris

C’est avec un film que Neil Beloufa a envisagé sa résidence de plusieurs mois au sein d’Eau de Paris. En partant de l’entreprise et de ses métiers, il crée un scénario évolutif entre documentaire et fiction, impliquant les salariés, afin d’interroger les grands enjeux qui traversent le secteur de la gestion de l’eau. Le film sera réalisé en 2020.

Né en 1985 à Paris, Neil Beloufa est un artiste franco-algérien qui vit et travaille à Paris. Il a étudié à l’École National Supérieur des Beaux-Arts et à l’École Nationale des Arts Décoratif à Paris, au California Institute of The Art, Valencia (USA), à Cooper Union, New York et au Fresnoy à Tourcoing. À travers sa pratique plastique et cinématographique, Neil Beloufa met en scène les excès et les paradoxes d’un modèle sociétale majoritaire et globalisé, source de dissonances cognitives pour ceux qui y sont assujettis. Réponses au système, ces œuvres férocement drôles et désinvoltes sont elles-mêmes systémiques, mêlant généralement installation et vidéo, elles sont l’aboutissement d’une méthode rigoureusement appliquée jusqu’à l’épuisement du sens. Neil Beloufa est représenté par la Galerie Kamel Mennour et a participé à la dernière Biennale de Venise.

https://kamelmennour.com/artists/neil-beloufa

http://www.eaudeparis.fr/nc/lespace-culture/actualites/actualite/news/art-contemporain-neil-beloufa-investit-les-locaux-deau-de-paris/

A lire : Guide 2019 du Ministère de la Culture des Résidences d’artistes 2017/2018 édité par Mécènes du Sud

http://www.mecenesdusud.fr/media/fichier/residences_artistes_en_entreprises_guide_2019.pdf